Mais qui a doré la symbolique flamme de la (très française) statue de la Liberté ?

Capture d_écran 2017-04-26 à 9.41.03 AMSébastien Vallin, spécialiste des métiers d’art, exporte son savoir-faire complexe à NYC.

Il travaille depuis plusieurs années pour les Ateliers Robert Gohard, Groupe crée en 1962. L’entreprise française est spécialisée dans la conservation et la restauration de dorures et intervient aussi bien en peinture décorative que dorure, pour les monuments historiques, les particuliers, collectionneurs, amateurs d’art, artistes et professionnels de la décoration.
Les Ateliers Robert Gohard ont notamment travaillé sur des édifices prestigieux tels que le Château de Versailles, l’Hôtel des Invalides, le Pont Alexandre III et la Place de la Concorde à Paris et la très symbolique et célèbre Statue de la Liberté à New York pour redonner un nouveau look à la torche et plus précisément à la flamme!
Pour rappel, la Statue a été construite en France et offerte par le peuple français, en signe d’amitié entre les deux nations, pour célébrer le centenaire de la Déclaration d’indépendance américaine.*

Depuis plusieurs années, la filiale aux Etats-Unis travaille en collaboration étroite avec plus d’une dizaine de sous-traitants. Sebastien gère avec son équipe, avec passion et sans compter leurs heures, plus d’une dizaine de projets par mois à l’atelier et environ une quinzaine de chantier à l’année.

1- Bonjour Sebastien ! Question un peu obligatoire, peux-tu te présenter un peu ? Quel est ton parcours ? et depuis combien de temps vis-tu à New York ?

Bonjour. Je m’appelle Sebastien. Après plusieurs aller-retours à NYC dans le cadre de mon travail, je suis maintenant installé à plein temps à Brooklyn avec ma famille, depuis 2 ans.

2- Qu’est ce qui t’a amené à New York ?

Le travail. Je travaille pour les Ateliers Gohard, entreprise familiale française qui intervient aussi bien sur de la peinture decorative que sur la dorure. Le Groupe est présent en France mais également à l’étranger avec des ateliers notamment à Londres et à New-York.
C’est en 1985, qu’a eu lieu le premier chantier très emblématique aux États Unis avec la dorure de la flamme de la Statue de la Liberté. Les Ateliers Gohard, associés à des métalliers, ont réalisé ce chantier très symbolique. La flamme qui était en verre a tout d’abord été refaite en métal et ensuite elle a été dorée par nos soins.
C’est il y a environ 13 ans, qu’une filiale a été créée à NYC, tout d’abord dans le New-Jersey, ensuite à Williamsburg et pour répondre à la croissance du business, nous avons récemment délocalisé l’atelier à Brooklyn, dans le quartier artistique de Red Hook afin de gagner de l’espace pour notre atelier.

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3- Parles-nous de ton métier et de ta formation ?

J’ai tout d’abord commencé par des études de géographie en faculté et après plusieurs experiences professionnelles dans des univers variés, j’ai souhaité m’orienter vers une formation de doreur pour travailler dans un métier manuel. Le caractère artistique, produire des objets uniques, créer, transformer la matière m’attiraient tout particulièrement. J’ai donc fait une formation à côté de Toulouse, à Revel, au lycée des Métiers d’Art, du Bois et de l’Ameublement. Une formation qui dispense une partie théorique avec notamment des cours de dessins, d’histoire de l’art / contexte historique, de l’analyse,… et une partie pratique qui a toute son importance, car par exemple pour la dorure c’est en effectuant plusieurs fois des travaux à la feuille d’or sur tout support que l’on prend la main.
Apprendre à travailler sur des supports variés tels que des meubles, sculptures, miroirs mais aussi apprendre à maîtriser les techniques sur différentes matières tels que du bois (cadre, sièges), du staff (décor de plafonds, corniches) et du métal. Une réalisation nécessite souvent plus d’une vingtaine d’opérations, de l’apprêt aux finitions. L’art de la dorure s’acquiert au rythme de plusieurs années de pratique. Un professionnel peut être amené a faire de la reparure pour re-sculpter/re-ciseler une sculpture et ce travail demande de bien connaître les époques, avoir la pratique, mais aussi être prédisposé à faire cela. C’est un métier passion.

4- La dorure est-elle l’activité principale ?

La dorure à la feuille sur tous supports (verre, résine, bois, staff, métaux…) a toute son importance mais aujourd’hui elle représente environ 20% de  l’activité de notre atelier de Brooklyn. Nous sommes en effet amené à travailler sur d’autres variantes tels que de la peinture décorative (fresques, décors, patine, faux-fini…), du panoramique, de la métallisation à froid, qui permet de rénover des surfaces en leur donnant un effet métallique, ou la technique du verre églomisé qui consiste à graver des motifs décoratifs sur une plaque de verre couverte de feuille d’or.

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5- Quelle est la répartition des chantiers entre les monuments historiques et les decorations d’intérieurs?

Ce sont deux marchés très différents.
Contrairement à la France ou l’entreprise répond souvent à des appels d’offres publics et travaille donc beaucoup sur de la restauration de monuments historiques/conservation de patrimoine, ici, aux USA nous faisons peu de restauration. C’est un travail très minutieux qui demande souvent plusieurs mois d’investissement et qui sollicite, mobilise de nombreux compagnons.
Environ 90% de notre activité se fait chez le particulier en décoration, presque toujours à Manhattan (des Lofts à Soho ou Tribeca), dans des appartements magnifiques et luxueux ou l’on peut être amenés à travailler sur des finitions murales, un escalier, re-patiner une cheminée, dessiner un personnage sur un lit d’enfant. Nous sommes plus libre, avec moins de limite.


6- Tu travailles pour un groupe ayant une renommée internationale, mais comment te fais-tu connaitre et quels moyens utilises-tu pour promouvoir/faire connaitre tes services à New York ou ailleurs aux Etats-Unis ?

Nous ne répondons pas aux appel d’offres aux USA car nous ne faisons pas de restauration ou une accreditation est nécessaire. Le marché est très professionnel et compétitif. C’est un milieu très fermé ou il est difficile d’y rentrer.
Nous travaillons plutôt sur un démarchage auprès des « interiors designers » et c’est surtout un bouche a oreille, la qualité et notre professionnalisme qui fait que nous sommes recommandés sur un chantier.
Pour un particulier le savoir-faire à la française a toute son importance mais pour un contractor que l’on soit français ou autre, c’est notre qualité de travail tout d’abord, notre engagement, notre relation qui fera la difference.

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7- Quelles sont tes sources d’inspiration? Quels sont le ou les sites sur lesquels tu vas régulièrement, les magazines que tu lies, les lieux et images qui t’inspirent…?

Les artistes contemporains sont une grande source d’inspiration.
Les peintres de toutes époques. Le sont aussi pour le choix des couleurs, les fondus des glacis. N’importe quelle visite au musée ou dans les galeries est toujours une expérience intéressante pour notre travail.

8- Sur quel projet travailles-tu en ce moment ?

Nous travaillons sur un projet de miroir ancien. Patine des miroirs, création de la structure et dorure.
Des moulures.
Nous travaillons aussi dans des appartements sur la tour 432 park avenue.
Et nous faisons également des recherches pour créer un staff décoratif avec des incrustations de dorure pour un mur dans un appartement de TriBeCa.

Un grand merci Sebastien pour ce temps accordé, ce partage d’idées, de ton parcours et de ton univers.

Ateliers Gohard Corp
175 van dyke street, suite 320
Brooklyn, NY 11231
Tel: +1(973) 523.6100
www.gohard-gildin.com

* Pour en savoir plus / extrait Wikipedia: la statue de la Liberté a été l’un des premiers monuments à bénéficier de ce que l’on appelle en Amérique une campagne de cause marketing. Le cause marketing ou cause-related marketing, dans les pays anglo-saxons et aux États-Unis en particulier, fait référence à un type de marketing unissant les efforts d’une organisation à but lucratif et d’une autre à but non lucratif afin d’en tirer un bénéfice commun.
En effet, en 1983, le monument fut placé au cœur d’une opération promotionnelle menée par American Express, visant à récolter des fonds pour entretenir et rénover l’édifice. Il fut convenu que chaque achat fait avec une carte American Express entraînerait un don d’un cent par l’entreprise bancaire. La campagne permit ainsi de réunir 1,7 million de dollars.

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